Vanessa Paloma, l’identité plurielle de la musique arabo-andalouse.

Vanessa est colombienne, américaine, marocaine et juive. Elle vit à Casablanca au Maroc. Son parcours de vie l’a amenée à chanter le répertoire arabo-andalou de la communauté juive marocaine. Son histoire, son identité représente à elle-seule un « pont entre les peuples ». 

 Lors de l’interview, Vanessa dégage vraiment de l’unité. Elle l’affirme «  c’est un véritable voyage, pendant longtemps j’ai senti tout cela assez séparément. Aujourd’hui vraiment je ressens une unité. On peut être colombienne, américaine, juive avec un connexion au Maroc et le cœur à Jérusalem. On défini qui l’on veut être »

crédits : Facebook de Vanessa Paloma
crédits : Facebook de Vanessa Paloma

 Vanessa était de passage à Paris en Novembre pour un concert avec le groupe Kinor David. Composé d’hommes juifs marocains , cet ensemble  chante en hébreu et en arabe. Elle était habillée de manière traditionnelle, avec une longue coiffe et des habits de lumière. C’est la seule femme du groupe et une des seules au monde à chanter en haketia, une langue de la communauté juive du Nord du Maroc, un langage qui combine l’ancien espagnol, l’hébreu et l’arabe.

 La musique arabo-andalouse est une composante forte de l’identité marocaine. Depuis la fin de l’Al-Andalus en 1492, les juifs expulsés d’Espagne ont apporté au Maroc,  le répertoire de la musique judéo-andalouse. Pour Vanessa, chanter avec ce groupe lui permet de « se connecter à toute son histoire » mais aussi d’apporter sa pierre à l’édifice du rapprochement entre les peuples, de faire partie de l’histoire multiculturelle du Maroc.

 Née aux Etats-Unis en 1971, Vanessa a été élevée dans plusieurs pays : la Colombie, Porto Rico et Israël où elle y a vécu pendant un an. C’est à ce moment là qu’elle s’est rapprochée de sa foi juive et entamé la pratique car « c’est important, cela [lui] donne une structure, cela [la] connecte à la terre »Sa famille maternelle est juive marocaine, originaire de Tétouan. En 1860, elle quitte le Maroc. Après un long périple, c’est la Colombie qui est choisie comme destination finale.

 La musique arabo-andalouse est venue à elle lors de son installation aux Etats-Unis, le pays de son père. « M’installer là-bas a été un vrai choc, j’ai du me réapproprier mon identité américaine ». Aux Etats-Unis elle a étudié avec des disciples de Abdelkrim Rais, grand maître  marocain de la musique arabo-andalouse. En 2007 elle gagne une bourse Fullbright pour étudier ces chants et leur spiritualité au Maroc.

 Plusieurs générations après le départ de sa famille maternelle, Vanessa débarque à Tanger « je suis allée au Maroc car il y avait beaucoup de fils que je devais apprendre à connecter entre eux, pour me construire une unité » dit –elle.  Aujourd’hui elle y vit et s’y est mariée.  Cinq générations après le départ de sa famille, elle a eu ses enfants au Maroc. La boucle est bouclée d’une certaine façon.  Vanessa est pleinement colombienne, américaine, juive et marocaine. Tout ce cheminement « C’était la rencontre de tous mes intérêts divers et c’était quelque chose de très interne à mon histoire » affirme-t-elle.  Au contact du répertoire judéo-marocain, Vanessa se prend à faire des recherches anthropologiques, cherche à comprendre, à analyser ce répertoire et les gens qui le composent  » C’est drôle parce que je viens d’une grande famille d’anthropologues en Colombie et c’est quelque chose que j’ai toujours rejeté..et me voilà au Maroc à faire la même chose ! » Elle voulait écrire un livre sur sa recherche, c’est finalement une thèse qu’elle prépare à l’INALCO sur les voix des femmes et leur identité dans le répertoire judéo-marocain.

 «  Je suis le résultat de ce processus historique et j’ai en moi différentes parties de tous les endroits d’où je viens, de toutes les langues que je parle » Haketia et judéo-espagnol pour le chant, anglais, espagnol, hébreu, français et Darija, l’arabe dialectal marocain, Vanessa parle toutes ces langues, les mélangent parfois. Lors de l’interview en espagnol, des mots d’anglais ou de français se glissent pour expliquer certaines choses, intraduisibles.  En écoutant son récit, ce passage d’une langue à l’autre me semble tellement naturel.

Face à autant de lieux, de voyages, de découvertes et face aux cinq langues qu’elles parlent, je me demande qu’elle est sa relation avec chaque langue ? Les voient-elles de la même façon ? Non  l’espagnol est celle de l’amour, de la créativité.  L’anglais celui de la rigueur intellectuelle. L’Hébreu celui de la spiritualité. Le Français et l’arabe celui de son quotidien à Casablanca. Elle aime toutes ces langues — ou plutôt SES langues, les siennes. Chacune d’elles l’aident à comprendre qu’il y a plusieurs façons d’appréhender le monde, et toutes ses façons sont valides, ont leurs propres richesses et beauté. « Si on fait l’effort d’apprendre la langue de quelqu’un d’autre, on peut s’ouvrir à d’autres mondes qu’on ne soupçonnaient pas. Et c’est un cadeau de pouvoir le faire ».

Que va faire Vanessa à l’avenir ? Continuer sa thèse, et se pencher sur l’histoire et le répertoire arabo-andalou du Portugal :   » Je sens que j’ai encore de la place pour pour apprendre le Portugais. »

L’interview se termine, toujours  en espagnol. Je ressors du café en me demandant : qu’est-ce que j’ai retenu de cet échange ?  Elle est colombienne, comme moi, et pourtant ce n’est pas par ce biais -là que je me suis sentie proche d’elle. Vanessa me rappelle un livre : « Les Identités Meurtrières » d’Amin Maalouf. Elle est l’exemple même de ce que l’auteur démontre : « l’identité n’est pas une donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence ».  Elle a une identité multiple,  ouverte, loin de l’appel au communautarisme de nos sociétés. Une identité qui s’enrichit de chaque apport de son histoire, de chaque langue qu’elle parle.  Elle irradie la paix.

Vidéo :  Vanessa Paloma- Primo Rabbi

Blog de Vanessa : http://vanessapaloma.blogspot.fr/

Site web : http://www.vanessapaloma.com/

  1 comment for “Vanessa Paloma, l’identité plurielle de la musique arabo-andalouse.

  1. ABADI
    3 février 2015 at 19 h 59 min

    La musique est le langage universel de la paix , de l amour . Elle peut être pratiquée par des personnes de différents horizons , de différentes cultures , leur point commun est leur sentiment,leur bonheur . .
    La culture andalouse était le summum de la convivialité , elle ralliait a la fois ce qu il y avait de meilleur , mais aussi ce qui était en apparence différent . Elle se distinguait par sa façon de se surpasser , elle se nourrissait de la différence pour s améliorer constamment . Sa diversité faisait sa richesse .C est un model a suivre .Vanessa Paloma est une actrice de cet état d esprit andalous .

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