Travail : génération / slasheur

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Il y a cinq ans j’ai commencé à parler des slasheurs. J’avais vu le mot dans un article en anglais. Et j’avais bien aimé le concept.

Depuis gamine, j’ai du mal avec l’identité monolithique, celle où il n’y a qu’une seule façon d’être français par exemple. Celle où l’on t’enferme. J’avais aussi peur du boulot dans la même boîte pendant des années.

J’ai eu peur de ça.

Je déteste les cases.

 

Et puis je suis sortie de la fac en 2008, au début de la crise financière. Un master 2 en poche.

Depuis j’ai cumulé des tonnes de boulots, j’ai fait plein de choses en même temps.

J’ai été agent d’accueil le matin, je faisais ensuite mon service civique dans une association l’après midi.

J’ai été vendeuse à mi-temps et journaliste.

J’ai été auto-entrepreneure pour : facturer des traductions /des missions administratives / des articles /des missions de vendeuse…

J’ai eu des CDI mais seulement des mi-temps. Le seul plein-temps c’était en CDD, pendant deux ans, et c’est bien la seule fois depuis que je suis sortie de la fac que j’ai fait un seul boulot.

 

Ensuite je suis redevenue auto-entrepreneure, j’ai refait d’autres missions, j’ai recommencé à cumuler. J’ai même cumulé les statuts entre l’intermittence, les factures, les droits d’auteur et le salaire.

 

Aujourd’hui je vais avoir 31 ans. Je cumule en ce moment deux mi-temps : assistante d’éducation dans un collège 20h par semaine et animateur socio-éducatif dans une association, 17h30 par semaine.

 

Et je continue de prospecter pour devenir réalisatrice : développer des idées, écrire, envoyer des synopsis.
Je ne veux pas abandonner mon rêve, c’est juste que pour le moment, vivre de ça n’est pas possible. J’ai pu faire ce reportage parce que j’ai touché le chômage (pour lequel j’avais cotisé). Il va s’arrêter donc je trouve des solutions. Je ne me pose pas de questions.

 

Est-ce que c’est le signe d’une société qui part en couille ? Je ne sais pas.

Est-ce qu’il faut revenir au salariat pour tous ? Je ne pense pas.

Est-ce que c’est le signe d’un néo-libéralisme acharné qu’il faut combattre ? Combattre ce genre de façon de travailler ? Je ne sais pas.

 

Et je ne vois pas le débat ici en fait.

 

Les jeunes autour de moi ont intégré que le marché du travail était tel qu’il était. Du coup certains vont essayer de poursuivre leurs rêves tout en cherchant comment manger.

Ils cumulent les mi-temps, font plusieurs boulots… Ils sont slasheurs parce que ils aiment faire plusieurs choses en même temps. Cela leur convient et c’est très bien comme ça.

 

Mais derrière le système ne suit pas.

 

Louer un appart est une vraie merde. On passe désormais par Facebook pour trouver un logement et pour savoir qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui accepte les dossiers bizarres, sans CDI, sans trois fois le montant du loyer, mais avec des garants, genre nos parents, qui ont eux une situation plus stable et qui se demandent bien à quel moment tout est devenu si compliqué pour leurs enfants… Prendre un prêt ? ça dépend des banques. Il ne faut pas forcément nécessairement de CDI mais il faut montrer une activité constante sur plusieurs années en tant qu’indépendant.

J’ai une connaissance slasheuse qui a galéré pour se faire payer son congé maternité. Des histoires compliquées entre la Sécurité sociale obligatoire des indépendants (RSI) et le régime général de la Sécurité sociale. Elle a mis trois mois à être payée, le temps de retourner au travail quoi.

En fait ce système ne suit pas. Et là je vois déjà les grands patrons faire leur blabla habituel de convention sociale : vouloir plus de ça (de la flexibilité), vouloir moins de ceci (de la protection)

 

Au top du top of course.

Les jeunes sont dans la rue.

Ok, cooooool.

On les attaque sur leur manque de flexibilité, sur l’impossible réforme de la France….

GE-NIA-LEUUUU

En fait personne ne s’est dit que cette jeunesse avait PEUT-ETRE le sentiment d’être déjà flexible ?

Bah oui . Je me perçois déjà comme flexible et bosseuse.

Précaire ? En fait je n’utilise même plus ce mot…je n’ai connu que cette situation là, donc une quelconque « normalité » dans la façon de travailler est, pour moi, de la science-fiction.

J’aimerais juste avoir une protection sociale adaptée, non liée au contrat.

Mais juste parce que je travaille (de plusieurs façons) ici en France.

 

Et si pour faire la paix avec sa jeunesse, le gouvernement commençait par se rendre compte de cela : la flexibilité est déjà là.

 

Génération Slasheur, à partir du 4 mai au soir sur www.spicee.com

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